// 1 Rappels d'Histoire de la période //


    >> En France

    La période qui nous intéresse est formée par la succession chronologique de 4 régimes consécutifs

    > La Monarchie de Juillet proclamée le 9 août 1830 après les émeutes dites des Trois Glorieuses, succède en France à la Restauration. La maison d'Orléans, branche cadette des Bourbons, accède ainsi au pouvoir. Louis-Philippe Ier devient roi des Français, et non pas roi de France. Son règne, débuté sur les barricades finit en février 1848 sur d'autres barricades, qui le chassent pour instaurer la II° République. Cette monarchie qui n'a été que celle d'un seul homme, signe la fin de la royauté en France. Son idéal était défini ainsi "nous chercherons à nous tenir dans un juste milieu, également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal".

    > La II° République est la forme de gouvernement de l'État du 4 novembre 1848 au 2 décembre 1851. Il s'agit d'un régime original dans l'histoire de France d'abord par sa brièveté, ensuite parce que c'est le dernier régime à avoir été institué à la suite d'une révolution. C'est enfin le régime qui a instauré définitivement le suffrage universel masculin en France et aboli l'esclavage dans les colonies françaises.

    > Le Second Empire qui lui succède, concerne le régime bonapartiste de Napoléon III de 1852 à 1870. Alors qu'il est président des Français et en opposition avec l'assemblée conservatrice, Louis Napoléon organise le Coup d'État du 2 décembre 1851, qui lui permet d'imposer une nouvelle Constitution, et bientôt d'imposer l'Empire français. La première moitié de ce Second Empire est dite autoritaire, tandis que la seconde période est qualifiée de libérale.

    > La III° République dont nous ne verrons que le tout début. Le 2 septembre 1870, à Sedan, la défaite des armées françaises face à la Prusse sonne le glas du second Empire. 2 jours plus tard, la IIIe République est proclamée à Paris et un gouvernement provisoire mis en place. Les républicains continuent la guerre mais n'empêche pas la capitulation militaire. Une Assemblée Nationale à dominante monarchiste est élue en février 1871 et freine l'établissement d'un régime républicain. C'est alors qu'éclate l'épisode insurrectionnel de la Commune de Paris, écrasée en mai 1871. Les tentatives de restauration monarchique échouent en 1873, et en 1875, le chef de l'État devient président de la République. Puis les élections législatives de 1876 assurent l'installation durable de la IIIe République.

    >> En Algérie

    Avant le Congrès de Vienne de 1815, les grandes puissances décident de stopper la guerre de course des pirates turcs en Méditerranée. Dans ce but, Lord Exmouth bombarde Alger en 1816, sans résultat. La France a eu jusqu'à cette époque des bonnes relations avec la Régence d'Alger. Le Dey lui vend du blé de façon continue. C'est là l'origine d'un différend commercial qui se développe sous la Restauration. A la suite d'une histoire embrouillée de créances dues par la France pour ce commerce de céréales, le dey Hussein se livre à toutes sortes de tracasseries. En 1827, au cours d'une scène publique, il frappe d'un coup d'éventail au visage le consul Deval. Charles X réplique par un blocus devant Alger. N'obtenant pas d'excuses pour l'outrage fait à son agent diplomatique, il se décide au début de 1830, à une intervention militaire qui présente l'avantage de distraire l'opinion publique des problèmes intérieurs qu'il rencontre.

    Le 14 juin 1830, une expédition de 37000 hommes commandés par l'amiral Duperré et par le maréchal de Bourmont, débarque dans la baie de Sidi Ferruch. Après la victoire de Staouéli, les français prennent le fort l'Empereur le 4 juillet et Alger capitule le lendemain. Mais cette conquête laisse l'opinion française presque indifférente car elle ne correspond pas à un projet politique précis du gouvernement. La Monarchie de Juillet qui prend les rênes du pouvoir en ce même mois de juillet 1830 se trouve très embarrassée par " ce legs onéreux de la Restauration ". C'est le début de l'ère des tâtonnements de l'administration en Algérie (1830-1834).

    Avant la chute de Charles X, de Bourmont a fait occuper Oran et Bône. Cette action restreinte suffit au gouvernement français. Mais la sécurité du corps d'armée reste menacée par l'anarchie qui règne dans l'intérieur de l'Algérie depuis la fin de la domination turque. A partir de 1834, deux pouvoirs indigènes s'affirment. Celui du Bey Ahmed dans le Constantinois et celui d'Abdelkader dans l'ouest algérien. En raison des fortes oppositions qui se manifestent en France (dont celle de Bugeaud) contre toute extension de la conquête, la France souhaite in fine s'en tenir à l'occupation d'établissements maritimes et abandonner le reste de l'intérieur à des chefs indigènes qui lui seraient liés par des traités de vassalité.

    Dans cet esprit, Bugeaud négocie avec Abdelkader le traité de la Tafna (30 mai 1837). Or ceci ne fait qu'assurer au jeune émir une sorte de consécration et de prééminence officielle. Se croyant rassurée du côté Oranais, la France s'empare de Constantine à sa 2° tentative, le 13 octobre 1837. Pendant ce temps Abdelkader a profité de la trêve pour renforcer son autorité à l'ouest. En 1839, il invoque une violation fort vague des clauses du traité de la Tafna, le passage des Portes de Fer par le maréchal Valée dans sa route vers Constantine. Il en profite pour engager la guerre sainte contre les Français.

    Cela sonne comme l'échec de la politique d'occupation restreinte et de l'entente avec les chefs indigènes. Louis Philippe se voit contraint à l'occupation totale. Bugeaud est nommé Gouverneur Général de l'Algérie en décembre 1840. Il se charge par ses colonnes expéditionnaires d'affamer les tribus arabes, de razzier systématiquement le bétail et les récoltes, de dévaster les oliveraies et les plantations et d'y d'établir des postes fixes qui permettent d'avoir le pays en main.

    Ces actions réduisent ainsi peu à peu les attaques Abdelkader dont le duc d'Aumale prend la smala le 16 mai 1843. Abdelkader se voit contraint de se réfugier au Maroc. Il entraîne ainsi le Sultan dans la guerre. En représailles, le duc de Joinville bombarde Tanger le 6 août et les troupes marocaines sont battues par Bugeaud à l'Isly le 14 août 1844. La traque d'Abdelkader rejeté par les marocains dure alors 3 ans avant qu'il ne présente sa reddition au général de La Moricière le 23 décembre 1847.

    La pacification se poursuit par la soumission de l'Aurès en 1849, des oasis du sud de 1852 à 1854 et de la Kabylie en 1857. Cependant dans cette région, une série de catastrophes naturelles (sécheresse, épidémie, famine, sauterelles) et les conséquences psychologiques de la défaite française dans la guerre contre la Prusse, amènent une insurrection qui éclate en 1871 et qui s'étend au Constantinois et à une partie de l'Oranais. Ce mouvement de rébellion n'est réduit qu'au bout de 18 mois et on séquestre des étendues considérables de terres des tribus insurgées pour les attribuer aux colons.

    Quant au développement de la colonisation, il se fait par étapes. Le 22 juillet 1834, une ordonnance royale donne le nom de Possessions Françaises dans la Nord de l'Afrique à l'ancienne Régence d'Alger. Le Général Drouet d'Erlon devient Gouverneur Général Le 1° essor de colonisation a lieu sous Bugeaud. Il tente d'instaurer un système de colonies militaires qui n'obtient que de médiocres résultats. Mais avec l'Armée il défriche et ouvre nombre de routes. Il amorce ainsi la venue des colons européens dont le nombre passe de 25000 en 1840 à 109000 en 1847. On note alors parmi eux 50% d'espagnols, italiens et maltais.

    Par la mise en valeur des terres incultes et par l'expropriation des tribus rebelles, ce sont 481000 hectares qui sont concédés de 1830 à 1870 et presque autant de 1871 à 1880 par suite des grandes confiscations de l'insurrection de 1871 et 1872. En 1881, l'Algérie compte 376000 européens, mais seulement 15% des terres cultivées sont entre leurs mains. Le nombre des colons s'est accru du contingent de plus de 15000 ouvriers parisiens venus créer les colonies agricoles de 1848, puis de quelques centaines de républicains déportés au lendemain du coup d' Etat du 2 décembre 1851 et enfin des Alsaciens Lorrains fuyant la domination allemande après 1871.

    La politique française vis-à-vis des indigènes connaît des phases diverses. De 1830 à 1848 l'Algérie est placée sous le régime militaire des Bureaux Arabes composés d'officiers. Puis la II° République décrète que l'Algérie constitue une part intégrante de la France et la divise en 3 départements. Elle tente d'établir une représentation municipale indigène mais doit y renoncer dès 1850 sous la pression des colons.

    Sous le II° Empire, le gouvernement revient d'abord aux militaires qui avec le maréchal Randon réussit brillamment à associer les musulmans aux progrès économiques du pays. Après une nouvelle et brève tentative d'assimilation sous le Ministère de l'Algérie entre 1858 et 1860, Napoléon III s'efforce de substituer à la colonisation une politique d'association généreuse.

    Dans sa lettre du 6 février 1863, qui soulève la colère des colons, il proclame maladroitement que l'Algérie est "un royaume arabe". Il demande l'égalité parfaite entre indigènes et européens. Dans cet esprit sont publiés les senatus consultes des 20 juin et 14 juillet 1865 qui rendent les terres spoliées aux tribus, déclarent que la propriété indigène est insaisissable pour les dettes antérieures à 1863 et que les indigènes deviennent français. Ce mouvement est interrompu brutalement par la déclaration de guerre à la Prusse.

    Cette guerre qui se conclue rapidement par les désastres français de Metz et Sedan porte un coup terrible au prestige de l'armée non seulement aux yeux de la population européenne qui voit surtout là une occasion d'imposer enfin le régime civil tant désiré, mais surtout à ceux des arabes qui retrouvent pour quelque temps une ardeur insurrectionnelle nouvelle, car la presque totalité des troupes de l'Armée d'Afrique a été envoyée sur le front métropolitain.

    Le prestige terni des officiers " capitulés " qui sont rejetés par la population à leur retour en Algérie, le changement intempestif d'administration vers le régime civil provoqué par l'application hâtive des décrets Crémieux, les désordres crées par le mouvement communaliste emmené par les représentants de la Commune d'Alger, vont déclencher une révolte indigène, qui partie de Kabylie, gagne de proche en proche tout le pays. La répression des émeutes et des exactions ne va être rendue possible qu'après un raffermissement de l'autorité gouvernementale à Alger, et par le retour en action des régiments réguliers qui viennent progressivement à bout de la révolte des tribus.

    >> En Méditerranée

    Les puissances riveraines qui ont des côtes au bord de la mare nostrum luttent pour leurs intérêts commerciaux et favorisent le commerce maritime qui connaît une grande expansion par l'arrivée des navires à vapeur consommateurs de charbon. Les ports sont en compétition par leurs équipements, non seulement techniques mais aussi par ceux concernant le maintien de la santé publique.

    La gestion des quarantaines appliquées aux navires et passagers est en effet l'un des instruments politiques employés pour consolider un avantage commercial. Pour aider à la compréhension géographique des luttes qui s'engagent une série de cartes géographiques donnent une vue de ce champ clos méditerranéen à diverses époques clés.

    >> Abréviations utilisées

    Pour éviter les répétitions des titres des personnages qui reviennent de façon permanente dans les chroniques, les conventions suivantes ont été utilisées:

    MNG = Ministre de la Guerre
    GGA = Gouverneur Général de L'Algérie
    GPO = Général commandant la province d'Oran
    CSO = Colonel commandant la subdivision d'Oran
    DSC = Capitaine directeur de la colonie agricole de Saint Cloud
    DSK = lieutenant adjoint au DSC, chargé de Kléber
    DSM = idem pour Mefessour
    PFO = Préfet d'Oran A = Alger C = Constantine
    MDO = Maire d'Oran A = Alger
    MNAE = Ministre des Affaires Etrangères
    MNC ou MNAC = Ministre de l'Agriculture et du Commerce
    CCA = Commission des Colonies Agricoles
    CCIA = Commission d'Inspection des Colonies Agricoles
    DAC = Directeur des Affaires Civiles