// 5 La naissance des services de police //


Les chroniques consacrées à la génèse de la police en Algérie concernent la période de 1840 à 1860. A l'arrivée du corps expéditionnaire à Alger en 1830, les autorités ne réalisent pas du tout qu'assurer le service d'ordre de façon efficace dans un pays immense, qui n'est peuplé d'européens que dans une étroite frange côtière, relève de la gageure.

Le pays abrite de plus et durant les premières décennies de l'occupation française, toutes sortes de populations interlopes venues de métropole autant que de l'étranger. On y côtoie un bon nombre d'individus sans foi ni loi, alors que la mise en place du cadre administratif et judiciaire prend du temps.

Il faut noter aussi l'existence d'une véritable industrie de la prostitution dans les points d'arrivée des troupes françaises et dans les villes de garnison de l'intérieur qui est génératrice de troubles de l'ordre public. Pour fonder une assise policière solide et structurée, les autorités gouvernementales vont avoir fort à faire. Elles s'y emploieront avec un succès tout relatif jusque vers 1860.

Le recrutement du personnel posera surtout des problèmes aux responsables politiques: insuffisance d'éducation de base des candidats locaux, complète ignorance des règles élémentaires du droit, moeurs et pratiques indigènes des maures et des juifs, acclimatation difficile des métropolitains avec une tendance accrue à la boisson, tentations de prévarication, de concussion, de subornation qui vont détourner plus d'un policier au salaire modeste, des pratiques orthodoxes.

On suivra les avatars des commissaires et inspecteurs ayant des ennuis personnels avec le Gouverneur, le Parquet, le Préfet, le maire, le commissaire général. On les verra souvent faire l'objet de plaintes. Certains seront révoqués ce qui les précipitera dans la misère, puis ils seront rappelés après pour reprendre du service afin de combler la dramatique pénurie de candidats.

Par ailleurs le poids de la police secrète, du renseignement occulte acquis va grandir au fur et à mesure que les lendemains idylliques promis par les journées de février 1848 se transformeront en une reprise en main par le parti de l'Ordre, puis par les tenants de Louis Napoléon Bonaparte.

L'affaire du complot d'Oran dit des Bons Cousins agira comme une incitation à toujours plus de répression contre les "rouges", ces "démagogues", ces "partageux" qui conspirent en secret et en accord avec leurs amis de métropole au rétablissement d'une République, la "sociale", inspirée directement des idées la révolution de février 1848, confisquées par le gouvernement.

La phobie de l'homme de désordre, du ferment révolutionnaire s'exacerbera avec les arrivées successives des condamnés des procès politiques de France, "transportés " en Algérie en vagues successives. Plusieurs essais d'organisation du cadre de police seront tentés. Aucun ne s'avérera décisif quant à ses résultats. C'est à la lecture de cette saga que nous vous convions

> Introduction: généralités et chronologie de la législation, les débuts de la police, le découpage du territoire, l'organisation des services, les principaux actes législatifs

> 1° partie
A) Alger et sa banlieue jusqu'en 1847, l'affaire Ducassse vs Grémillet, le mouvement de personnel de 1845, le 2° volet de l'organisation de 1846

> 2° partie
B) Oran jusqu'en 1847, le règlement des villes de 2° et 3° ordres, la proposition d'un 2° commissariat, à Oran et d'un commissariat à Mostaganem, les autres conséquences
C) la valse des commissaires de 1848, la situation à Alger, la révocation de M Deligny, Haure et Husson de Randon
D) l'installation d'un 2° commissariat à Oran, le retour de Grémillet
E) la situation du personnel d'Alger au I° semestre de 1848
F) la diminution du traitement des commissaires

> 3° partie
G) la police d'Oran en 1849, les 2 arrondissements, l'installation de Mons, l'affaire Pascalin vs Grémillet, le retour de Grémillet
H) la police d'Alger en 1849, l'arrivée de Dieudonné, la révocation de Haure, les ennuis de Lefebvre

> 4° partie
I) le commissariat central d'Alger, l'arrêté du 14 février 1850, l'organisation de la police d'Alger, le sort de Lefebvre, l'idée du commissariat général
J) la dérive sécuritaire de 1850, l'anniversaire de la Révolution de 1848, la loi sur la Presse, les rapports secrets de Lefebvre au Gouverneur

> 5° partie
K) la création du commissariat général, le décret d'institution, la nomination du commissaire général, le rôle de la police municipale, l'installation de Bourgeois d'Orvannes à Alger,
L) la nouvelle organisation de la police d'Alger
M) la police municipale en Algérie, son organisation et son personnel

> 6° partie
N) la police secrète, le service de sûreté d'Alger, les rapports du commissaire général au Gouverneur,
M) les mouvements de personnel du département d'Oran en 1850 et 1851, le décret du 17 janvier 1851,
N) la situation à Oran et Alger, la création des commissariats de Orléansville, Sétif, Tlemcen, les joueurs professionnels de Maison Carrée

> 7° partie
O) les affaires Mons et Galabrun à Oran, l'affaire Périer à Alger , la situation de crise

> 8° partie
P) la disgrâce du commissaire général, la fin de l'expérience, l'abolition du commissariat général

> 9° partie
Q) le retour au commissariat central, la réorganisation du personnel à Alger, les classes de commissaires et le rattachement de la classe à la personne et non à la résidence

> 10° partie
La province d'Oran de 1851 à 1854, l'affaire des démagogues de Mostaganem, l'affaire Cramer vs Lesueur et Galabrun

> 11° partie
Un aperçu de la vie politique de 1851 à 1853 au travers des rapports de sûreté, le voyage d'Emile Barrault, le plébiscite de décembre 1851, le scandale Aucourt, les rapports de Lefebvre

> 12° partie
La police de 1854 à 1858, l'étude de l'arabe, le logement des commissaires, l'année 1855, le voyage de l'Empereur de 1856, les années 1856 et 1857 à Oran, l'année 1858

> 13° partie
Les transportés de juin, condamnés en Algérie, rappel historique, la Casbah de Bône, le transfert au fort Bab Azoun, la prison civile d'Alger, la proposition du fort l'Empereur, l'affectation du fort Saint Grégoire d'Oran,

> 14° partie
Les transportés de juin, condamnés en Algérie, la prison civile sous la direction de Dieudonné et Chaulet, l'évasion des transportés, l'option du fort Bab Azoun, le recherche et la réapparition des évadés, le transfert au fort Saint Grégoire, l'ouverture du pénitencier de Lambèse