// 7 La naissance de la presse algérienne //

    La presse officielle naît en juin 1830. La publication de l'Estafette de Sidi Ferruch s'opère sur la presqu'île même où débarquent les troupes françaises de Bourmont. Puis apparaît l'imprimerie du Gouvernement et le Moniteur Algérien en juin 1832, ce dernier étant un organe voulu par l'Intendant civil pour assurer la publication des lois et actes du gouvernement. Puis le Moniteur Algérien va prendre sa place et durer jusqu'en septembre 1858, date du remplacement du Gouvernement Général par le Ministère de l'Algérie et des Colonies. Il réapparaîtra ensuite de septembre 1861 à 1871 sous l'appellation de Moniteur de l'Algérie.

    Quant à la presse locale, elle apparaît à Alger en 1839 par la transformation d'une feuille d'annonces judiciaires qui devient le journal l'Akhbar, dirigé par Auguste Bourget et dont la vocation politique ne se révèle qu'en 1845. Le journal va adopter un mode de pensée respectueux du pouvoir en place, ce qui assurera sa longévité malgré les nombreuses faiblesses et maladresses de sa rédaction.

    En 1844 paraît l'Echo d'Oran, qui prend des positions républicaines et démocratiques et qui va défendre souvent les insurgés. Il restera très longtemps le seul organe de la province de l'Ouest. A la même époque naissent la Seybouse à Bône et le Courrier de Philippeville

    Jusqu'en 1846 le comportement des autorités vis-à-vis de la presse est conforme aux principes de la Charte de la Monarchie de Juillet. La publication d'un journal est autorisée par un privilège du pouvoir. Il n'y a pas de censure car la crainte de la suppression du privilège doit maintenir les propriétaires et rédacteurs de journaux dans une prudence d'expression qui garantit leur parution.

    Pour contrer les attaques de la presse contre les autorités et les militaires, le Ministre de la Guerre n'a de cesse d'obtenir une véritable censure en Algérie. Il l'institue en août 1846. Mais le Gouverneur Bugeaud la supprime de sa propre initiative. Le Ministère de la Guerre, mécontent du procédé la rétablira peu après en décembre de la même année.

    De mars à juin 1848, une très courte période de liberté quasi illimitée s'ouvre pour la presse qui a été l'un des moteurs de l'émeute de février conduisant à l'instauration de la II° République en France. Un arrêté du 13 mars pris par Cavaignac, accorde l'abolition de la censure, des charges fiscales, du cautionnement et du timbre. Il n'instaure qu'une interdiction de communiquer sur les questions militaires.

    Un nombre considérable de feuilles apparaissent alors en Algérie : l'Afrique Française, les Deux Frances, l'Echo de l'Atlas, le Courrier de Constantine etc. Elles sont souvent le prolongement écrit des activités des Clubs. Une intense agitation d'idées généreuses et brouillonnes voit le jour. A Alger naît la Sentinelle Républicaine, qui devient le Brûlot de la Méditerranée, germe du futur grand journal " socialiste " l'Atlas.

    De juillet 1848 à 1852, la plupart des feuilles nées au printemps ne paraissent déjà plus. Il n'en reste que 6 pour l'ensemble du territoire. A la suite des journées insurrectionnelles de juin 1848, une chape de plomb commence à s'instaurer par étapes : cautionnement des journaux obligatoire, timbre sur la presse rétabli, qualification du délit de presse étendue. Sont dorénavant protégés sous peine de prison et d'amendes les membres de l'Assemblée Nationale, de l'Exécutif, les Institutions républicaines, les Cultes subventionnés, la famille, la paix publique.

    En juillet 1849, on y ajoute la personne du Président de la République et les militaires. On institue la police de la presse. On établit le dépôt légal préalable aux publications, l'interdiction de publier certaines matières, l'autorisation de colportage des livres et gravures. En août 1850, les mesures sont complétées par l'obligation pour les journalistes de signer leurs articles dans les journaux, le droit de réponse donné aux représentants du pouvoir pour tout article qui leur semblera injurieux ou erroné. Cet arsenal répressif est assorti de peines et amendes sévères.

    En février puis en août 1852, on alourdit encore le dispositif. Publier un journal est soumis à l'autorisation préalable des préfets qui approuve ou non les épreuves. Le Gouverneur peut suspendre ou dissoudre un journal. Le cautionnement d'un journal est modulé, on interdit de rapporter les débats au Sénat, la diffusion des livres est encadrée, le brevet de libraire est rendu obligatoire. On assortit le droit d'affichage en ville d'une autorisation préalable du maire, on réglemente l'établissement et la perception des droits concernés.

    Le nombre des procès intentés aux journalistes augmente. Le montant du cautionnement ruine les petites feuilles. Les abonnements plafonnent. Le complément indispensable à l'équilibre financier procuré par la diffusion des annonces légales, dépend du bon vouloir des dirigeants.

    Sous l'Empire et jusqu'en 1858, le même système répressif continue de s'exercer pleinement en pesant sur les journalistes, les gérants et les propriétaires de journaux. Les articles continuent de braver les interdits. Les attaques personnelles se multiplient. Les sanctions pleuvent : avertissement, convocation chez le préfet, explications, promesses du gérant faites au préfet ou excuses du journaliste, exercice du droit de réponse dans l'organe incriminé, surveillance accrue, puis 2° avertissement, et quelquefois suspension de 2 mois du journal.

    L'autorité ne souhaite pas prononcer de suspensions définitives, car les journaux lui remontent les impressions et convictions des populations. Les faillites d'éditeurs se multiplient. Les grands sujets sont depuis longtemps débattus sans réponse ; relâchement de l'emprise des militaires au profit de l'autorité civile, plus de terres pour la colonisation à prendre sur les terres "arch " des arabes, plus de voies de communication et d'ouvrages de travaux publics pour désenclaver le bled, abandon des concessions au profit de la vente directe, assimilation du régime politique algérien sur la France avec élection des conseillers généraux au suffrage universel.

    En 1858, avec l'arrivée du Prince Napoléon au Ministère de l'Algérie, la volonté de libéralisation du régime de la presse est manifeste. Le Prince annule le décret de février 1852 qui structure la surveillance de la presse. Il veut être seul à agréer ou révoquer les journaux. En 1859, il décide de suspendre tous les avertissements donnés aux journaux. Il compte sur la responsabilité et le civisme des journalistes pour les maintenir dans une critique constructive et modérée du système impérial. En octobre, il raccourcit les délais de transmission des demandes d'avertissements en utilisant le télégraphe plutôt que les dépêches postales.

    L'institution du Gouverneur Général est restaurée en 1860. C'est le maréchal Pélissier, auréolé de son succès à Malakoff, qui s'installe flanqué du comte de Martinprey. Ils souhaitent tous deux laisser une latitude suffisante aux journaux et sévir le moins possible. Mais des incidents provoqués par les journaux continuent d'émailler la chronique. Au cours de 1864, Martinprey, décide d'accroître le contrôle des organes de presse.

    Quand Mac Mahon arrive peu après, il est accompagné du baron Durrieu qui remplace Martinprey. Ils sont eux aussi partisan d'une indulgence relative vis-à-vis de la presse et souhaitent surtout n'être pas amenés à prononcer la suppression d'un journal.

    Peu de publications passent au travers de toutes ces épreuves et réussissent à survivre. Il leur a fallu être opportunistes pour résister aux revirements de politique sucessifs. C'est le cas de l'Akhbar, doyen de la presse algérienne qui est loin d'avoir toujours incarné la politique officielle. A l'opposé, l'Atlas, de tendance "socialiste", n'a pas survécu à ses procès de 1852. L'Echo d'Oran s'est maintenu contre vents et marées en modérant ses attaques des régimes successifs et en torpillant ses concurrents dès leur naissance. On lira successivement

    > la presse algérienne (1830-1870)
    la presse officielle, le Moniteur Algérie, l'Estafette de Sidi Ferruch, la presse locale , l'Echo d'Oran, l'Akhbar, les feuilles de 1848, l'Atlas, les lois restrictives sous la II° République, la police de la presse sous l'Empire,

    > la presse française (1830-1870) depuis la Révolution de 1789 jusqu'à l'Empire

    > l'Estafette de Sidi Ferruch (1830)
    Jean Toussaint Merle, la création du journal, le retour en France de Merle, la suite de sa carrière à Paris

    > les tentatives de création d'un 2° journal politique à Oran (1858-1860)
    le contexte de 1858, les candidatures Daligny (l'Echo de Mers el Kébir), Dereckter (la Province d'Oran), Achard (le Thessala) et Renard (l'Editeur), la polémique autour de l'Echo d'Oran, les changements d'opinion du préfet Majorel, la décision du Ministre de Chasseloup Laubat

    > la législation sur la presse (1848-1860)

    > les relations de l'Echo d'Oran avec les autorités (1851-1857)
    les débuts du journal, les sieurs Sadoux et Perrier, les polémiques soulevées par le journal, les suites du coup d'Etat de 1851, l'affaire des meules de foin de l'armée d'Afrique incendiées pendant l'été de 1852, l'attitude du préfet Majorel, le choix des rédacteurs en chef, le sieur Ravoux, le sieur Testut

    > la Revue allemande et le journal la Colonisation (1851-1858)
    la création de la Revue, le journal bilingue, le changement de titre, le sieur Lardier, les avertissements, le sieur Devernois, les polémiques, la mort de Lardier et les problèmes afférents, la supression définitive du journal

    > l'Akhbar et les novateurs téméraires (1858)
    Dans la courant de l'année 1858, à l'arrivée du Prince Napoléon au ministère de l'Algérie et des Colonies, Clément Devernois, rédacteur en chef du défunt journal la Colonisation, tué par les autorités d'un "coup de fusil administratif" publie un petit opuscule où il expose ses idées concernant ce qui devrait être fait en Algérie. Ce faisant il déclenche la colère du sieur Bourget, propriétaire directeur de l'Akhbar, journal bien en cour, qui lui répond par un article plein de clichés et de lieux communs, toujours dans le sens du vent de l'opportunité. C'est la réponse argumentée de Devernois à cet article que l'on trouvera ici.

    > Les polémiques dans la presse de 1868 et 1869
    le contexte de l'époque, les catastrophes naturelles, l'invasion des criquets pèlerins, les tremblements de terre, les épizooties, la sécheresse et la grande famine de 1867, l'action de Mgr Lavigerie, l'enquête agricole du comte le Hon, la commission Behic, les progrès économiques, l'agitation des tribus du sud, les polémiques dans l'Akhbar, l'Echo d'Oran, le Journal des Economistes, le Journal de Paris, le Courrier de Lyon, le Constitutionnel, le Siècle et Charles Jourdan, la Presse, le Moniteur, le Courrier de l'Algérie, le Toulonnais, l'Avenir Algérien, la Gazette de France

    > des Petites Affiches Algériennes au journal l'Akhbar (1837-1858)
    les débuts d'Auguste Bourget, la censure de 1846, la nouvelle donne de 1851, la situation financière précaire du journal, la mort de Désiré Léglise, Pélissier, Randon et Lautour Mezeray face à l'Akhbar, le sauvetage du journal, le comportement et les polémiques soulevées par Bourget, conclusion

    > les étapes de la réglementation de la presse en Algérie (1845-1855)
    le projet d'ordonnance royale de 1846, la situation à la fin de la Monarchie de Juillet, l'arrêté Cavaignac du 13 mars 1848, la loi du 16 juillet 1850, le décret du 28 mars 1852, le décret du 14 mars 1855, le cas Blondel

    > les textes de la législation sur la presse (1848-1860)

    > Les brevets d'imprimeurs, la contrefaçon littéraire, le colportage des écrits, les droits d'affichage

    > de la Sentinelle Républicaine au journal l'Atlas (1848-1852)
    Dès la chute de la Monarchie de Juillet, une floraison de feuilles se fait jour dans les grandes villes du pays. L'existence de ces publications est fort brève. Mais leur esprit va se retrouver dans la ligne politique du journal l'Atlas. Son activité qui débute en 1849 et se termine en 1852, est emblématique des espoirs qu'a fait naître l'avènement de la II° République jusqu'à leur confiscation par le Prince Président d'abord, puis par l'Empereur après son coup d'Etat du 2 décembre 1851.