// 8 les articles du journal l'Illustration //


Dès la sortie de son 1° numéro, le 4 mars 1843, la direction du journal crée par A Paulin, prend pour modèle, celui de l'anglais, l'Illustrated London News. L'Illustration se propose de traiter de tous les sujets d'actualité dans une parution hebdomadaire, et d'enrichir ses articles par une iconographie soignée à base de gravures et de dessins. La rédaction du journal est installée rue Saint Georges, à Paris, alors que l'imprimerie est située à Saint Mandé.

Les plus grands dessinateurs et graveurs de l'époque sont sollicités. C'est une novation importante pour les lecteurs qui peuvent associer le texte des rubriques à une représentation graphique réaliste des anecdotes, à des portraits de personnages, à des schémas de machines et instruments nouveaux, à des évènements politiques et mondains.

Le journal va toujours se situer à l'avant-garde par sa présentation et ses méthodes d'impression. Il sera ainsi le 1° organe de presse français à publier en 1891, des photographies. Sa ligne directrice reste axée sur l'actualité et propose, outre des articles d'intérêt général, une rubrique de critique littéraire et théâtrale extrêmement suivie des lecteurs, et tenue par les plus grands spécialistes du sujet. Dès sa naissance, cet organe de presse a adopté le slogan " le poids des mots, le choc des illustrations ".

Il est vrai que c'est un journal cher puisque le prix du numéro est à la parution, de 0,75 franc. Rapidement, l'abonnement au journal, qui est lui de 30 francs par an, représentera un facteur de consécration sociale et un signe de bon goût, deux adjectifs qui pèsent d'un poids rassurant pour la bourgeoisie française du milieu du XIX° siècle.

Né sous la Monarchie de Juillet, le journal adopte un ton assez neutre à l'occasion de la naissance de la II° République. Ses reportages des faits restent strictement objectifs, malgré que sa rédaction soit nettement d'obédience républicaine. Sous le régime du II° Empire débutant, pendant la période autoritaire, il va être délicat pour un organe de presse d'émettre des critiques, ne serait ce que de façon voilée, à l'égard des membres du gouvernement et à fortiori, de l'Empereur.

Cela va être notamment le cas quand l'Illustration prendra le parti de certaines positions frondeuses, notamment à l'occasion de la loi sur la presse de 1850, qui rétablit le cautionnement et le timbre, dans une manoeuvre délibérée pour mettre en péril l'existence des petites feuilles républicaines et socialistes, qui foisonnent à Paris.

Les opérations militaires et civiles en Algérie, le développement de la colonisation, mais aussi la volonté de vulgarisation des impressions des voyageurs découvrant l'Afrique, offrent des sujets de choix pour les rédacteurs du journal qui effectuent des reportages en venant passer quelques temps en Algérie, sur le théâtre des opérations. Nous proposons ci dessous quelques exemples de ces articles.

>> un mois en Afrique par Adolphe Joanne

Nous sommes en 1846. L'Illustration n'a que 3 ans d'existence. Son directeur demande à Joanne, voyageur et chroniqueur reconnu, de produire quelques chroniques sur Oran, pour les faire paraître à partir de la fin de 1846. Notre homme part donc avec sa femme et un illustrateur passer " un mois en Afrique ".

Il rapporte au fur et à mesure de son périple, ses impressions sur les personnages pittoresques qu'il rencontre. Son style fait d'envolées lyriques et poétiques, suivies de descriptions colorées et très fouillées, rappelle celui des grands Romantiques. On admirera la richesse de la langue française qu'il manie, et l'étendue de sa culture classique et humaniste, qualités alors très répandues chez les hommes de lettres.

La ligne de force du reportage est celle d'un plaidoyer argumenté pour une colonisation civile. Elle soutient le projet du gouverneur de la province d'Oran, le très compétent général de Lamoricière, qui souhaite peupler le triangle formé par Oran, Mostaganem et Mascara. On relira avec profit la série de mes chroniques antérieures sur le développement de la banlieue ouest d'Oran. Certains passages d'appréciation des situations politiques et humaines, du travail alors effectué par la France depuis plus de 15 années, de la façon dont cet effort est ressenti par les populations françaises et autochtones n'ont pas vieilli et pourraient presque, plus de 150 ans après, être réutilisés tels quels.

>>) Les récits de Vivant Beaucé

> Journal d'un colon
Au cours du dernier trimestre de 1848, le peuplement de l'Algérie par 16 convois successifs de colons de plus de 800 personnes chacun, se déroule conformément au plan du Ministre de la Guerre, le général de la Moricière. Ces contingents traversent la France de Paris à Marseille par les canaux du centre de la France, puis descendent de Chalon à Arles par des bateaux à vapeur, pour enfin prendre le chemin de fer vers Marseille.

Là des corvettes de la Marine Nationale les attendent pour les conduire vers les ports de débarquement de la côte d'Algérie les plus proches des colonies agricoles à créer. Cet évènement donne plusieurs fois l'occasion à l'Illustration de rapporter les péripéties des colons à l'attention de ses lecteurs.

Dans le 12° convoi parti le 19 novembre du quai de la Rapée à Paris, figure la famille d'un dessinateur connu de l'époque, Vivant Beaucé, illustrateur en 1843 des 3 Mousquetaires d'Alexandre Dumas, lequel, atteint par des revers de fortune, a décidé de tenter sa chance comme apprenti colon. Ce 12° convoi est à destination de Zurich, Mondovi et Novi, 3 villages à créer à l'ouest de Cherchell, près d'Alger.

Il est dirigé par le capitaine d'artillerie Chappe et l'officier d'administration d'Héricourt et va emprunter à Marseille, la frégate le Cacique qui effectuera alors son 3° et avant dernier chargement de colons pour l'Algérie. Beaucé va narrer ce périple dans un texte qui constitue une référence, et fourmille de détails sur cette expérience de colonisation.

> Scènes de la vie à Cherchell
Le directeur de l'Illustration demande aussi à Vivant Beaucé de raconter son séjour à Cherchell en l'illustrant de croquis, pour une parution dans son hebdomadaire au cours du 1° semestre de 1849. Une fois arrivé et installé, Vivant Beaucé va ainsi publier 6 articles pendant la période où les colons attendent leur affectation à l'un des 3 villages à édifier.

Ces textes traitent successivement de l'arrivée du Cacique à Cherchell, de la visite à bord des autorités, de l'allocation du curé local, du transport des effets des colons à la caserne, de leur installation en chambrées, de la rencontre avec Mr Pharaon, interprète, qui servira de guide à Beaucé, des adieux à Mr de Ménars, de la découverte des rues et cafés maures, de la visite des médecins militaires, des musées archéologiques de la ville et des autres bâtiments, de la fête religieuse des aïssaoussa, de la famille de l'agha Ghabrini, des types d'indigènes rencontrés, de la visite des ruines des thermes romains, de la tour Moron, des élections du Président de la République le 10 décembre 1848, du monument Gauthrin, des distractions du dimanche à Cherchell, des moeurs et coutumes locales des Maltais, Espagnols, Arabes et Nègres.

> Correspondance
Mais le dessinateur ne réussira pas sa reconversion en défricheur du lot de terre qu'on lui a concédées. Malade et atteint par le deuil de son père qu'il a fait venir de France en Algérie, il rentrera en métropole pour continuer sa carrière. Il laissera de cet épisode de sa vie à Zurich, une abondante correspondance avec ses amis qui révèle le calvaire des premiers colons des colonies agricoles.

>> une journée aux environs d'Alger et une fête juive à Oran

Dès la prise d'Alger, les rêves d'exotisme s'exaltent en métropole. Nombreux sont et vont être, les peintres, poètes et romanciers qui s'adonneront à la culture des impressions que fait naître chez les Romantiques, la présence d'un Orient si proche. Cette passion pour les paysages, les moeurs, les us et coutumes des Maures, le dépaysement total procuré par une visite même courte dans l'ancienne Régence d'Alger ont été parfaitement compris par les rédacteurs de l'Illustration. La vogue aidant, le journal reçoit rapidement des témoignages spontanés de personnes installées en Algérie qui témoignent de la qualité et de l'intensité de l'éblouissement qu'elles éprouvent. Nous en donnons 2 exemples.

>> les établissements disciplinaires militaires

A notre arrivée en Algérie, ces types d'institutions sont rapidement mis en place pour loger tous les récalcitrants et délinquants que l'Armée d'Afrique amène avec elle sur le sol d'Algérie. Plus tard les transportés successifs des années 1848, 1851 et 1852 ont fourni leurs contingents aux ateliers dits du boulet et des travaux publics. La création de l'établissement de Lambèse en est l'exemple le plus fameux. Dans un article de 1858 particulièrement clair et concis, l'Illustration faisait, pour ses lecteurs, le point en la matière.

>> Scènes de moeurs des arabes par Félix Mornand (1851)

L'auteur est l'un des chroniqueurs littéraires de l'Illustration, dont la réputation mondaine n'est plus à faire. Il va plus tard devenir rédacteur en chef du Courrier de Paris, qui publiera à partir de 1857, sous de titre de Promenades, les articles de Georges Sand sur le village de Gargilesse près d'Argenton sur Creuse. La romancière abandonnera ainsi pour un temps son cher Nohant. Mornand couvrira aussi pour l'Illustration le récit du suicide supposé de Gérard de Nerval, par pendaison, en février 1855.

Il donnera de cet évènement une version contredisant celles de Nadar et de Victorien Sardou. Il publiera aussi de nombreux ouvrages dont "la Vie Arabe" en 1856 sur un sujet qu'il possède particulièrement bien. On en jugera par la série des 4 articles ci dessous, traitant successivement de l'hospitalité sous la tente, de l'émigration des tribus sahariennes, de l'agriculture, des fous et des illuminés en Algérie, des danses, des convois funèbres, des cimetières, des marchés arabes, de la fantasia nuptiale, de la rhabba et des ghellabs.

>> Les évènements politiques

On sait assez peu que l'année 1848 reste l'une des plus riches en évènements de l'histoire de France. C'est dire si la couverture journalistique par l'Illustration, des faits qui se déroulent pendant cette période est importante. Nous commençons cette partie de la rubrique qui lui est réservée, par 2 drames directement reliés aux journées insurrectionnelles de juin, dont on lira avec profit la chronique qui leur est réservée, avant d'entamer la lecture de ces 2 items parisiens qui provoquèrent une très vive émotion ans l'opinion: l'assassinat et le procès des assassins du général Bréa et de son aide de camp le capitaine Mangin, puis la mort de l'archevêque de Paris, Monseigneur Affre et ses funérailles.

>> La colonisation et ses progrès

Le nombre de personnes qui ont publié des essais et des réflexions sur la façon la plus adéquate de coloniser les populations indigènes est très important. Toute une génération de gens plus ou moins qualifiés, plus ou moins illuminés, plus ou moins prophétiques s'est sentie concernée par ce chapitre très controversé depuis que la France a posé le pied en 1830 à Sidi Ferruch, près d'Alger. Les exemples les plus fameux ont été fournis par les tenants du saint Simonisme emmenés par le père Enfantin, et par des militaires illustres comme Bugeaud et la Moricière. Nous donnons quelques exemples d'exégèse sur le sujet. On notera lors e leur lecture, certains couplets qui se révéleront à posteriori prophétiques.